

Maîtrise de Psychologie Sociale
Sous la direction de M. Jean-Michel LABADIE :
La question du lien dans les institutions totalitaires
Une observation libre menée à la Maison d’Arrêt de Seine St Denis
d’octobre 2001 à juin 2002
Promotion 2002-2003
« Jamais, jamais, je n’en aurai fini avec elle. Le plus terrible, dans la prison, ce n’est pas qu’elle brise le cœur –les cœurs sont faits pour être brisés- c’est qu’elle le change en pierre. »
Robert Badinter, 1995.
« Seul le corps peut être enfermé. L’esprit ne peut être emprisonné, on ne peut attraper le vent. »
khalifa.
Sommaire
Université Paris Nord XIII 1
La relation surveillants-détenus 1
Ou 1
Introduction 4
Partie 1 : le Contexte Général 6
I.Pourquoi cette étude ? 7
II.Bref historique du système pénitentiaire français 8
II.1« Surveiller et punir » de Michel Foucault 9
II.2« La prison Républicaine » de Robert Badinter 10
II.3« Le choc carcéral » et « l’univers pénitentiaire, du côté des surveillants de prisons » de Dominique LHUILLIER : L’ouverture des portes. 11
2.3.1 L’univers pénitentiaire, du côté des surveillants de prison. 11
2.3.2 Le choc carcéral –survivre en prison 12
III.La réforme de 1987 : le programme 13.000 13
III.1les buts de la réforme 13
III.2Présentation d’une maison d’arrêt du programme 13.000 : la prison de Villepinte. 15
IV.Une illusion ou le fonctionnement d’une institution totalitaire 19
V.La méthodologie 21
Problématique et hypothèses 23
Partie 2 : La Rencontre 25
I.Le recueil des données 26
I.1Eclaircissement méthodologique 26
I.1.1Du côté des surveillants 26
I.1.2Du côté des détenus 28
II.La relation surveillants/détenus 29
2.1 Du côté des surveillants 30
2.2 Du côté des détenus 34
2.3 Eléments théoriques venant étayer ce constat 36
2.3.1 Les conséquences du fonctionnement d’une institution totalitaire : E. Goffman 36
2.3.2 Les résistances au lien, à la mixité des groupes 37
2.4 Les autres types de liens sociaux et leur forme 38
2.4.1 Les gradés et adjoints de bâtiment 38
2.4.2 Les conseillers d’insertion et de probation 41
2.4.3 Les intervenants extérieurs et les détenus 42
2.5 Liens, non-liens : éléments d’analyse des échecs et des réussites. 44
Partie 3 : le Groupe de la Bibliothèque 45
I.La rencontre avec les détenus 46
I.1Le quartier socio-médical 47
I.2La bibliothèque 48
I.3Présentation des sujets rencontrés 49
II.L’établissement d’un lien et son évolution 52
III.Analyse de la relation : une situation limite 54
III.1Le cadre 55
III.2La nature de la relation établie 56
III.3Les retombées d’une telle relation 59
Conclusion 61
Epilogue 63
Que sont-ils devenus ? 63
Bibliographie 65
Remerciements 66
Annexes 67
Extrait du code de procédure pénale. 67
Introduction
Le milieu carcéral dans l’imaginaire collectif interroge aussi bien qu’il rebute.
Depuis ses premières mises sous écrou, il est ancré dans le système de régulation sociale comme le lieu de réclusion de ce qu’une société peut avoir de plus misérable.
« Cache-misère » par excellence de ce que la société peut produire de plus violent, ses hauts murs maintiennent hors d’atteinte du sociétal ceux que la collectivité n’a su dompter.
Ainsi portée au plus haut degré de la rédemption, la Prison se voit décerner au travers de l’idéal collectif la lourde tâche de re-dresser les « démons » enfantés d’une société qui s’en déresponsabilise.
Une étude réalisée il y a peu (1995)1 par des étudiants volontaires de l’association GENEPI2 montre qu’entre hier et aujourd’hui, les représentations de la masse populaire ont peu évoluées concernant le monde carcéral.
Les résultats et constats dégagés de cette étude témoignent du peu de connaissances qu’ont les Français de leurs prisons : la France patrie des Droits de L’homme semble, pour 53% des citoyens interrogés, avoir laissé ses principes à la porte de ses prisons !
De ce milieu craint, la population n’entrevoie que ce que les journaux, bibliographies et autres reportages « chocs » veulent bien laisser transparaître du monde des reclus.
De cette information-désinformation reste que les connaissances des Français sur la prison s’arrêtent où s’échoue leur regard : aux murs d’enceinte.
C’est sans doute de cette volonté de ne pas demeurer dans le doute que m’est venue l’envie de travailler, du moins d’approcher ce monde tant entouré de fausses ouvertures.
Je voulais aller chercher en dedans les réponses aux questions non traitées par les médias : qu’en était-il du réel fonctionnement de cette institution tant redoutée ? qui étaient ces femmes et ces hommes qui y travaillaient ? quels liens pouvaient-ils entretenir avec les détenus ?
C’est à certaines de ces questions que tente de répondre le travail ici présenté.
Sous les couvertures d’un stage, c’est une mise à l’épreuve personnelle que j’ai commencée. J’étais désireuse de faire de cette opportunité qui m’était donnée, une première expérience dans un milieu qui professionnellement m’attirait.
J’ai donc tenté de chercher les réponses aux fondements d’une relation qui m’intriguait : la relation surveillants/ détenus.
Je vais donc dans une première partie vous livrer le contexte général dans lequel je décidais de me plonger, à travers le commentaire d’ouvrages « célébrant » si justement l’évolution du système pénitentiaire français.
J’évoquerais également la réforme de 1987 qui est venue dans ses textes bouleverser l’organisation en place, permettant au social de faire son entrée officielle dans ce monde dédié à la répression.
Dans une seconde partie, je ferais état de la relation gardes-gardés telle qu’elle m’a été donné d’observer. J’en soulignerais la nature et les variations, suivant que l’on est d’un côté ou de l’autre de la détention. Je montrerais de quelle manière cette relation peut se trouver influencer par le fonctionnement de l’institution qui l’encadre et la réglemente.
J’aborderais également dans cette partie les termes d’autres liens qu’il est possible de nouer avec la population carcérale.
Enfin, dans une troisième et dernière partie je tenterais dans une approche plus personnelle d’analyser la relation qu’il m’a été possible d’établir avec un groupe de détenus. J’en dégagerais la nature, les enjeux et les risques.
1 Etude menée en collaboration avec le SCERI (service de la communication, des études et des relations internationales. 200 étudiants ont participé à l’enquête sur le terrain en interrogeant plus de 2000 français sur l’ensemble du territoire métropolitain.
2 Génepi : Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérés.
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